La Tunisie - Mister Mostapaha featuring Syrano

Voici la démo d'un morceau que j'ai enregistré avec Mister Mostapha durant mon séjour à Tunis. Ce morceau ne paraîtra pas sur mon prochain disque mais je pense qu'il mérite d'être entendu. Mr Mostapha a été censuré avec son dernier album et a participé à l'émergence des idées révolutionnaires au sein du peuple. Big Up Ston!!!

lundi 09 mai 2011 20:05


Huitième étape : La Tunisie

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J'ai voulu réagir à l'actualité pendant mon périple. Lorsque le mouvement populaire a débuté en Tunisie, j'ai cru comprendre que les rappeurs du pays, censurés (voire inquiétés par les autorités), avaient favorisé l'émergence de ces idées de changement au sein de la jeunesse. J'ai donc pris contact avec un collectif de Tunis, Raw Poetix, qui m'a accueilli en avril 2011.


Dans le vif du verbe

Je suis arrivé par un jour ensoleillé sous une température parfaite. Un printemps qui semblait doux à vivre. Amine, un manager du collectif, m'attendait déjà à l'aéroport. Nous discutons naturellement sur le chemin vers Tunis. Bien sûr, nous parlons politique et Amine me raconte comment les choses se passent depuis la Révolution du jasmin. Trois gouvernements se sont succédés sous la pression de la rue. Les policiers font profil bas et sont à la circulation. Je rencontre déjà Mr Mostapha, un rappeur/chanteur à la voix profonde dont j'avais entendu un morceau. C'est un grand gaillard jovial et souriant. Loin de l'imagerie gangsta rap. Lui a tenté d'émigrer vers l'Italie pendant trois ans avant de rentrer bredouille et travaille comme chauffeur pour une riche femme d'affaire. Son dernier album a été censuré par les médias (donc indirectement par le pouvoir) et cela n'a fait que renforcer ses convictions. Nous sympathisons rapidement et allons directement au studio ou Ibrahim (DJ Killa) concocte et mixe les morceaux des rappeurs de la capitale.
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Mostapha me fait écouter un morceau sur lequel il a déjà enregistré un refrain et me demande de collaborer sur le titre. J'accepte avec plaisir et nous écrivons la chanson dans la foulée. Rendez-vous est pris le lendemain pour enregistrer.


Du rêve à la révolte

L'enregistrement est expéditif et se fait comme il y a quinze ans en France. J'ai retrouvé l'addiction au son et la compétition productive qui subsistait dans le hip-hop que j'aimais dans les années 90. D'ailleurs, d'autres rappeurs arrivent au studio et participent au morceau en donnant des idées. Je rencontre SinCerO, Wistar et Weld el 15, d'autres artistes effervescents.

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Ce dont je ne me rends compte sur le moment, c'est que l'émulsion possible dans le milieu artistique tunisien est la conséquence directe des mouvements populaires de janvier 2011. Ils m'expliquent que se réunir à 5 ou 6 dans la rue n'était pas permis, qu'il n'était pas rare de devoir payer un petit bakchich pour entrer dans une ville ou pour ne pas écoper d'une amende, et même qu'une petite donation était bienvenue pour trouver un emploi. Alo
rs, se promener le soir en voiture, chose anodine pour moi, est une chose nouvelle et délicieuse pour eux. Je profite de ces moments avec mes nouveaux frères d'arme et nous dormons peu. Nous créons. J'écrirais encore une chanson avec Wistar d'une manière spontanée qui me plaît énormément. Je l'invite donc avec Mostapha à enregistrer un couplet sur un morceau de mon album. Il n'a pas encore de titre mais on y parle de musique comme langage universel, vecteur puissant d'idéologies ou exutoire psychologique.


Sur le coeur de Sadok

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Avant de partir, je discuterai encore de la fronde à laquelle ils ont participé. Je ressens une ambiance palpable, je vois les tanks, les barbelés ou les tags « Vive la révolution » décorer la ville, mais je ne saisis pas toute l'ampleur humaine du mouvement. Amine me montre une vidéo où un avocat se dresse devant les défenseurs de Ben Ali en bravant le couvre-feu. Je ne comprends pas ce qu'il dit mais c'est intense et passionné. Tellement que le présentateur et l'invité de l'émission qui retransmet la scène pleurent à chaudes larmes. Les gars sont émus et se confient. Kérim a vu les policiers tirer sur les émeutiers. En rentrant se protéger chez lui, il assistera à l'annonce télévisée de l'exode du dictateur. Akrem, un jeune étudiant marocain qui habite Tunis depuis 3 ans, m'explique qu'il n'avait rien à gagner à se battre pour un pays qui n'était pas le sien. Il s'est décidé à rejoindre les rangs des manifestants en voyant une fillette de 4 ans jeter des pierres. C'est alors que Sadok (SinCerO) se lève et me dit que je ne peux pas comprendre ce que représente cette mutinerie pour eux. Il me montre sa poitrine. Il y a fait tatouer le drapeau tunisien et la date du 14 janvier 2011. Le jour où le peuple a repris son sort des mains d'un dictateur. Le jour où le parfum du jasmin l'a emporté sur l'odeur des canons chauds.
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Ce que je retiendrai de la Tunisie c'est une hospitalité naturelle dont seuls les gens dans le besoin semblent encore être capables, les minarets qui découpent un horizon beige, un vent doux et chaud qui souffle sur mes idées et qui caresse ma nuque, et la conviction que l'humanité en tant que valeur ne meurt finalement jamais sous les coups.

dimanche 24 avril 2011 18:32


Septième étape : Madagascar

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En mars 2010, j'ai répondu présent à l'appel de l'association Voisins d'ailleurs, qui organise des actions pour soutenir financièrement des causes humanitaires à Madagascar. Avec mes musiciens, nous avons donc participé à un concert caritatif en compagnie de Noumène Tobar, Batignoles et des membres de Mon côté Punk et La Rue Kétanou. Seulement, une idée me parle depuis longtemps. Je dis souvent oui à ce genre de proposition, mais pourquoi ne pas pousser le vice jusqu'à aller voir moi-même ce qu'il se passe sur le terrain... Voir ce que deviennent l'argent, l'énergie, l'aide des gens...
J'ai donc pris contact avec l'association SPV Felana à Antsirabe, au centre de Madagascar, dans les Hautes Terres. Luc, le responsable et Yadz, sa femme, reçoivent l'aide régulière de bénévoles venant en grande partie de l'hexagone et tentent d'utiliser les dons de Voisins d'ailleurs, ou d'autres, en s'occupant des gamins des rues.
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Après un long voyage en avion puis en voiture sur la mythique RN7 (seule route réellement praticable de Madagascar), je découvre la vie à la malgache. Antsirabe, c'est une ville moyenne, capitale du pousse-pousse où la pauvreté rime avec sourire. Rien d'agressif ici. Pour le vasaha (étranger blanc que je suis), il est déconseillé de se promener seul la nuit, mais il m'est agréable de déambuler dans les rues de terre battue dans la journée. Première chose frappante : à Madagascar la vie semble s'écouler à un rythme naturel. En effet, la situation politique du pays est telle que beaucoup n'ont ni électricité, ni eau à domicile, donc on vit avec le soleil... Dehors à 6h du matin et à la maison à 17h30... Mais ce n'est pas pour me déplaire. Tout est dense et vivant.
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Mes jours à Antsirabe sont remplis : je visite l'atelier de cirque que Laurence, la bénévole arrivée il y a deux semaines, a monté avec les enfants. C'est génial. Ils préparent un spectacle pour les parents. Ils leur montreront leurs tours pour la fin des vacances scolaires, alors il ne faut pas chômer. Ça répète plutôt sérieusement (ça dépend des moments!) mais le spectacle commence à être rôdé. Clowns, acrobates, danseuses, échassiers, jongleurs, tout y est... Et les musiques du Cirque du soleil viendront orner la représentation. Ça s'annonce super.
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Luc me fait faire un tour du quartier, des maisons de fortune, beaucoup de bois et de briques faites main à même le sol. Des rues rouges, sèches, que les habitants arpentent nus pieds. Je suis vraiment loin de mon appartement et ça me plaît.
Je rencontre alors Ma, autre bénévole, mais malgache, celui-là. Il vient d'Antananarive et est arrivé il y a 7 mois au sein de SPV. Il vit dans la maison des bénévoles et aide beaucoup à toutes les tâches. Il sera un peu mon guide par ici... Nous parlons beaucoup musique... Il rappe. En malgache. Alors mon bonhomme, fais-moi écouter ça! Eh bien, un sens du rythme et du flow inné, et des paroles profondes qu'il me traduit avec précaution. Je l'enregistre et en ferai un morceau sans attendre.
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D'ailleurs, il  me présente les musiciens que je suis venu rencontrer aussi. Les 5 musiciens du groupe Tr'ombi (mélange entre les mots taureau et zébu, en malgache) sont des jeunes du quartier et ont quelques concerts à leur actif. Surtout, ils ont une réelle passion pour la musique et ont décidé de prêter leurs voix et leur talent à l'association en organisant des soirées cabaret (l'une d'elle avait eu lieu le même soir que notre soirée en France). Je rencontre des gars humbles, gentils et surtout (je m'en aperçois vite) bourrés de talent. Ils jouent de la batterie instinctivement avec des brindilles car pas de baguettes dispo, sans sourciller; du djembé avec un enthousiasme habité, tribal; de la basse et de la guitare avec un groove qui ferait se répandre les techniciens de musicologie et le son du valiha (bambou entouré de cordes, telle une harpe, si ce n'est que les cordes sont des câbles de frein de vélo) vient donner cette petite touche world et traditionnelle qui me fait comprendre que je suis au cœur d'une culture différente, d'une manière d'appréhender la musique plus viscérale, à bras-le-corps. Ça joue comme ça danse, ça chante comme ça vit. Et j'ai des frissons en les écoutant jouer. Jusqu'au moment où ils m'interprètent Origami, une de mes chansons... Qu'ils ont choisie pour qu'on la joue lors d'une soirée cabaret organisée ici pour l'asso.
Ils répètent depuis trois semaines des morceaux pour un concert qui fait écho à ce que nous avons fait en France et je serai un peu témoin et reporter de cet action-là. Profitant de ce voyage pour parler aussi d'un engagement.
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Que dire si ce n'est que je passe mes matinées à visiter la ville, ses ateliers d'artisans tisseurs de soie ou polisseurs de cornes de zébus, et mes après-midis à répéter avec les gars. On organise le show, on choisit les chansons et leur ordre, même Ma et Yadz vont participer, naturellement, parce que c'est comme ça. Et Gaby, le propriétaire du matos qu'on a pour la répétition étant violoniste, il viendra aussi chanter et jouer avec nous. Les journées sont intenses, elles passent lentement et trop vite à la fois. La vie est tellement différente. Mes discussions avec Ma me font me rendre compte de la rudesse de la vie ici (il a eu la typhoïde, il a quitté Tana pour travailler dur et finalement rejoindre les rangs de SPV où il se donne, et où il s'enrichit certainement). Un mec réservé mais avec le regard humain et sincère. Pas une once de méchanceté dans les mots de Luc, de Yadz ou de Ma, ils sont foncièrement bons... J'adore exister à leurs côtés. Et leur contact est rassurant. Nous sommes d'ailleurs acceptés, comme étant des parents. C'est la douce impression que j'ai.
Nous enregistrons donc une chanson avec les gars et partons dans un karaoké/dancing boire du rhum et nous exercer au coupé-décalé.
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Le grand jour arrive!!! Le samedi après-midi, c'est cirque!!!
Il est temps de débarbouiller les enfants, de les habiller et de les maquiller. De nouveaux arrivants dont Chloé, qui remplace Laurence dans l'asso, sont venus prêter main forte. Des vêtements rudimentaires qui feront office d'habits de lumière et des visages peinturlurés qui rappelleront les maquillages d'artistes. La piste, c'est un jardin, prêté par la maman d'un enfant du groupe, et le public est constitué des habitants du quartier, des parents des enfants.
Je me mets aux platines avec un conducteur pour passer les morceaux pendant les numéros que Laurence et les enfants ont préparés.
L'expérience est unique, les parents sont étonnés, les enfants concentrés et assidus, Laurence émue et je ne peux retenir mes larmes tant la scène est unique... Venir au bout du monde pour voir des enfants démunis s'éclater et être fiers d'eux... Ce n'est pas du voyeurisme, c'est une leçon. Ceux-là n'ont qu'un vêtement, souvent pas de chaussures et n'ont pas de Nintendo DS. Ils jouent avec des capsules de bouteilles ou des bâtons. Ils n'ont pas cette arrogance des enfants-rois occidentaux, ils n'ont pas ce cynisme réaliste que les mômes de France peuvent développer. Ils sont vrais... Des enfants, comme on les imagine... Pas gâtés, loin du matériel... C'est une envolée de questionnements qui me frappent pendant ce spectacle. Des questions qui sont toujours les mêmes. Pourquoi eux n'ont-ils pas la chance...? Pourquoi eux ne méritent-ils pas plus...? Pourquoi des gouvernements colonisent, pillent, fuient, laissant l'humanité vivre dans la poussière...? Comment l'humanité réussit-elle à s'amuser du rien, s'enrichir du peu et construire du néant...? Pourquoi je ne fais pas plus...?
Et bien, je le ferai... C'est décidé...
Je suis arrivé à Madagascar avec des cahiers, des ballons, des crayons, des cartes, des livres, des fournitures et des shorts pour l'équipe de foot, que j'ai réunis avec l'aide de "fans" avant de partir...
Eh bien, je repartirai avec des idées pour envoyer d'avantage... Répartir tant que faire se peut, la chance que NOUS avons.
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À peine remis de ces émotions-là, il nous faut préparer le concert du soir. Ça se fait "Chez Billy", une pension bien connue du coin qui accueille les voyageurs pour une somme modique.
Il aime la musique Billy alors on lui en donne. Les gars sont sérieux aussi et jouent avec envie et passion. On se relaie dans une ambiance festive pour chanter et la soirée se finit sur un "ce n'est qu'un au-revoir" à la mode malgache, qui nous est offert par Billy... Plein d'images, plein de souvenirs me restent en tête, bien vivants... Antsirabe restera une vraie étape pour moi.
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Le lendemain, nous traçons la route vers le sud... Pour explorer un peu plusMadagascar...
Dur de parler de tourisme dans un pays où le gouvernement n'existe plus. Où le président a été viré à cause de ses magouilles. Nous apprenons qu'il détournait de l'argent d'aides de l'ONU ou de l'Etat allemand. Par exemple, ayant demandé une aide pour repeindre les taxis (des 4L souvent) pour uniformiser la profession, il a finalement demandé aux entrepreneurs de peindre eux mêmes les voitures en beige et a gardé l'aide... Bizarrement...
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Alors on croise sur le chemin des feux de protestations, des incendies multiples, et l'écho difforme de cette corruption résonne clairement dans les rues.
Je ne comprends pas la nature humaine. Je préfère parler aux lémuriens et arpenter les roches de l'Isalo, je crois.
Heureusement que des gens comme Luc, Yadz, Alain, Ma, les musiciens ou Laurence, sont là pour me faire espérer encore un peu.
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jeudi 07 octobre 2010 11:20


Pékin : Un jour dans le hutong - Beijing : A day in the hutong

Voici un repartage radio que j'ai réalisé pour raconter avec du son ce que j'ai vécu en Chine et vous faire partager ma découverte.

mercredi 05 mai 2010 20:39


Cinquième étape - Fifth step : Dallas, Texas. USA


Mon pote Erwan, que beaucoup connaissent pour sévir comme chanteur du groupe Java, m'a proposé de chanter pour un jeu vidéo. Vous savez, ce sont ces jeux de karaoké. Je vous passe les détails techniques mais les gens que je contacte de la société m'annonce que je dois partir à Dallas, au Texas pour travailler directement avec l'équipe qui réalise le projet. Je n'ai vu là qu'une nouvelle opportunité et en deux jours me voilà parti pour les States!

Après quelques temps passés avec les douaniers américains pour une histoire de visa, je sors de l'aéroport. Je suis attendu par un chauffeur qui tient un carton avec mon nom inscrit. Etonnant et complètement dingue, je grimpe dans une sorte de gros 4x4 noir affublé du logo de l'hôtel où je suis apparemment hébergé. Je ne suis pas au bout de mes surprises.
Je connais un peu le coin parce que j'ai déjà passé du temps dans le sud du Texas, vers Corpus Christi. Tout me rappelle cette période. Les interstates interminables qui servent parfois de rues, avec 3000 numéros (nationales qui ridiculisent nos autoroutes les plus larges), les constructions basses, centres commerciaux en préfabriqués ou habitations en carton pâte, et les étendues vides infinies qui confirment l'adage qui dit qu'au Texas, tout est plus grand. Les pick-ups sur la route, bien sûr, mais j'ai déjà cette impression de gigantisme presque vertigineuse en regardant l'horizon, les villes sont tellement étendues ici, et il reste pourtant tellement à conquérir... C'est hallucinant!



C'est sans avoir encore vu mon hôtel. Un complexe avec 1500 chambres avec spa, piscines, parc pour le jogging, port de plaisance, centre de conférences, et, comble de la mégalomanie, un parc avec des reproductions grandeur nature de forts mexicains, à l'intérieur même de l'hôtel. Le patio n'est rien d'autre qu'une promenade gigantesque avec des cascades et des arbres, sous un dôme flanqué de l'étoile texane...
Que dire...? Que je me sens gêné d'être là? Que je suis abasourdi par la débauche de moyens...? Que ce luxe ne me correspond pas? Si la compagnie a voulu me choyer et m'en mettre plein la vue, c'est tout de même bien réussi comme effet.


Le lendemain, je me fais conduire au siège de la société par Rob, le boss. Très sympa, la trentaine, décontracté, en sandales et t-shirt mais avec une manière d'entrer dans le vif du sujet qui est très pro. Il me briefe sur les tâches à accomplir, je vous passe cela, et en arrivant, me présente à l'équipe. Une bonne bande geeks, ces gens qui passent leurs vies devant des écrans de d'ordinateurs ou des consoles. Comble de chance, ils ont réussi à faire de cette activité ogresse de vie sociale, un métier. Des figurines ou des posters de mangas ou des éditions collector de jeux vidéo trônent sur les bureaux. On dirait un repère d'ados, pas une société qui fait des millions de dollars.  Dave Cain teste le jeu dans sa version allemande, Philip Washington tape des rythmes pour caler les voix du jeu, tyler mix des sons pour l'habillage sonore du menu et Jose Sanchez m'accueille... Je vais bosser avec lui.


Jose Sanchez II, fils de Jose Sanchez, et père d'un petit Jose Sanchez III, est un bonhomme bien portant à la bouille joviale et au spanglish dévastateur. Il est ingénieur du son et pratique la percussion dans un groupe de salsa. Suis-je chanceux à ce point? Je vais pouvoir enregistrer des parties de percussions avec toi mon p'tit Jose!

Je découvre des gens très intéressants, intelligents, intéressés aussi! Nous discutons des différences entre nos pays, des ghettos, des systèmes de santé, de tas de sujets qui touchent les américains, ceux qui savent placer la France sur une carte... C'est à dire la plupart. Car les clichés n'ont pas lieu d'être ici. Certes, on me sert des plats gargantuesques dans des fast-foods en me présentant comme des spécialités locales ce qui ferait passer le KFC pour le terroir du Périgord, et je m'installe dans des sièges où on mettrait 3 types comme moi (oui, au Texas, tout est plus grand... Même les gens!), mais je me sens très bien accueilli, intégré de façon conviviale, et ça fait longtemps que je n'ai pas eu cette sensation de camaraderie en France. Même si c'est artificiel parce que nous ne nous connaissons pas, le rapport est facile et agréable.

Je passe de très bon moments à me promener dans les campagnes texanes et à regarder les abords des ranchs qui semblent engloutir l'horizon. Je suis surpris. Tous les contrastes de ce pays le rendent tellement enivrant. J'adore  les plantes grasses et leurs odeurs, les chaleurs moites de printemps par ici, mais je m'interroge encore de ma découverte dans le journal : un concours qui permet à des militaires en action ou vétérans d'envoyer des photos de leur sourire, montrant leur joie de vivre, contre une assurance dentaire offerte...

Cela me laisse dubitatif.
Cet hôtel immense, démonstration de la puissance texane. Comment ne pas la mettre en relation avec tous ces gens amputés que j'ai croisés. Pas parce qu'ils revenaient d'irak, mais parce qu'ils vivent aux USA et qu'ils n'ont pas de quoi se payer le traitement pour soigner leur diabète. Le sang ne circule plus convenablement et on leur coupe les membres un à un.

J'ai rencontré des gens intelligents, des gens ouverts, des gens souriants et tellement pleins de vie, qu'il m'est impossible de penser que les Etats-Unis resteront dans cette situation encore longtemps. Le rêve américain laisse de nombreux utopistes sur le bord de la route, c'est vrai. Et des Luther King ou des Obama, eux aussi ont eu des rêves brisés par les intérêts de certains, c'est vrai aussi. Il faut espérer pour tous que la majorité réussira à passer outre le pouvoir du puritanisme économique qui les pousse à construire des usines à penser comme cette église en forme de hangar orné d'une croix en néon et d'un www.fellowshipchurch.com de 3 mètres sur 10.
Il faut espérer pour le peuple de la plus grande "démocratie" mondiale que le rêve n'aura pas un réveil trop brutal.

J'ai adoré mes séjours aux USA. Les américains sont accueillants et la viande du traditionnel texan burger est juste succulente!

mercredi 05 mai 2010 00:24


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